Le lithium, un minerai incontournable dans la transition énergétique et dont la République démocratique du Congo (RDC) détient l'un des gisements les plus importants à Manono, dans la province du Tanganyika, sera fortement demandé dans les années à venir. Le pays attend toujours de lancer l'exploitation de cette filière, importante pour le développement économique, dans un pays à forte dépendance à l'industrie extractive.
Lithium : Une filière en pleine expansion
Selon Resource Matters, la filière du lithium n'a pas du tout attiré le monde industriel dans le temps, parce que jusqu'au début des années 2010, il était utilisé dans des applications industrielles à faible croissance, telles que le verre et la céramique.
Ce n'est qu'à partir de l'année 2017 que la demande de lithium a triplé, à cause de l'essor des véhicules électriques et d'autres systèmes de stockage d'énergie. Resource Matters renseigne par ailleurs que la production mondiale de lithium a augmenté de près de 660 % entre 2014 et 2024, avec l'Australie à la tête des pays producteurs.
Dans le contexte actuel, la RDC se trouve face à une double réalité : d'immenses opportunités, mais aussi de sérieux défis pour capter une plus grande part de la valeur ajoutée. Faisons un tour en arrière sur les différentes tentatives de relancer le projet de lithium de Manono.
Lithium de Manono : Plus de fragmentation et des controverses
La filière du lithium fait l'objet de plusieurs controverses en RDC. Dans son livre blanc sur les minerais critiques publié en décembre 2025, l'ONG Resource Matters a noté plusieurs tentatives de lancement du projet de lithium.
Avant la scission administrative de 2023, le permis PR 13359 couvrait l'intégralité du projet Manono-Kitotolo, pour lequel AVZ Minerals avait réalisé des études de faisabilité avancées prévoyant jusqu'à 1,2 milliard de tonnes de minerai à haute teneur en lithium, avec des investissements conséquents et des contrats d'écoulement déjà conclus. Depuis la scission, le projet a été fragmenté, redistribuant les droits d'exploration sur différentes zones.
En 2023, le permis PR 13359 du projet Manono a été scindé en deux portions : la partie nord attribuée à Manono Lithium SAS (Cominière et Zijin) et la partie sud restant sous Cominière, désormais en arbitrage avec AVZ, ce qui bloque son développement. En juillet 2025, le gouvernement congolais a signé un accord avec KoBold Metals pour développer Manono Sud, mais l'avancement du projet dépend entièrement de la résolution de cet arbitrage, retardant ainsi les retombées économiques pour les communautés locales.
En septembre 2024, la coentreprise Manono Lithium SAS (Zijin Mining et Cominière) a obtenu le permis d'exploitation PE 15775 pour la portion nord-est du gisement de Manono, avec un projet de production de 5 millions de tonnes par an et une usine de conversion en sulfate de lithium brut prévue d'ici 2026. Toutefois, la production de sulfate de lithium brut, plutôt que de lithium de qualité batterie (carbonate ou hydroxyde), ne répond pas pleinement à l'objectif gouvernemental de valorisation locale approfondie prévu par le Code minier.
Katamba Mining SAS, coentreprise entre Zijin et Cominière, a obtenu le contrat de réhabilitation de la centrale hydroélectrique Mpiana-Mwanga et y a investi plus de 80 millions de dollars, portant sa capacité à 40 MW avec une mise en service de la première turbine en décembre 2024. Cette installation modernisée vise à alimenter à la fois l'activité minière, le traitement local du lithium et les communautés avoisinantes, bien que des interrogations persistent sur le respect des accords avec AVZ Power et l'impact réel sur les populations locales.
Tantalex Lithium Resources détient, via Minocom Mining SAS, le permis d'exploitation des résidus miniers de Manono (PER 13698), mais n'a pas encore finalisé son étude de faisabilité ni son étude d'impact environnemental et social, bien que le permis ait été octroyé en 2017. Ce retard soulève des inquiétudes quant à la rigueur et à la transparence du processus d'attribution des permis, ainsi qu'à l'application cohérente des critères techniques, financiers et de valorisation locale.
La RDC face à son destin
Ainsi, le lithium de Manono peine encore à trouver sa voie entre conflits juridiques, ambitions industrielles et exigences de transparence. Si les investissements se multiplient et que les infrastructures électriques se redressent, l'ombre des arbitrages non résolus et des zones d'ombre dans l'attribution des permis continue de planer. L'histoire de Manono rappelle une évidence : sans règles claires et appliquées, les minerais critiques peuvent aussi devenir des vecteurs de frustrations.
Bruno Nsaka