Kinshasa : pour le professeur Biey Makaly Emmanuel, le bilan de l’assainissement est négatif et la situation générale inquiétante

Photo d'illustration
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PAR Deskeco - 08 juin 2026 13:30, Dans Actualités

Dans une interview accordée à Deskeco, le professeur Biey Makaly Emmanuel, expert en assainissement, gestion des déchets solides et traitement des eaux usées, dresse un constat alarmant de la situation environnementale de la ville de Kinshasa. Il revient notamment sur les limites des projets « Kin Bopeto » et « Kinshasa ezo bonga », ainsi que sur les causes structurelles des inondations et de l’insalubrité persistante dans la capitale congolaise.

Évoquant le bilan des initiatives d’assainissement lancées ces dernières années, le professeur Biey Makaly estime que les projets « Kin Bopeto » et « Kinshasa ezo bonga » devraient avant tout être considérés comme une philosophie et un slogan de sensibilisation devant se traduire par des actions concrètes sur le terrain.

« Lorsqu’on parle de bilan, il faut voir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce qui peut être amélioré », explique-t-il.

Selon lui, la situation actuelle de Kinshasa demeure préoccupante malgré les différentes initiatives entreprises par les autorités provinciales et certains partenaires.

Le spécialiste révèle que la capitale produit quotidiennement plus de 10 000 tonnes de déchets solides, auxquels s’ajoutent les déchets hospitaliers issus de plus de 2 500 structures médicales ainsi que les déchets provenant d’une centaine de marchés publics répertoriés.

« Tout cela n’est pas géré efficacement », déplore-t-il.

À cette problématique s’ajoute celle des eaux usées et des boues de vidange des toilettes, souvent déversées directement dans les cours d’eau ou les caniveaux publics.

« La ville est traversée par une trentaine de cours d’eau et plusieurs habitations ont connecté directement leurs toilettes vers ces rivières », affirme-t-il.

Pour le professeur Biey Makaly, l’absence d’un système efficace d’assainissement favorise également la prolifération du paludisme, qui continue de faire des victimes, notamment chez les enfants.

« Le bilan est négatif et la situation générale est inquiétante, au point que nous oublions ce que devrait être la qualité d’une bonne vie dans notre ville », insiste-t-il.

Abordant la question des inondations récurrentes dans plusieurs communes de Kinshasa, l’expert estime que le problème réside principalement dans l’absence d’une véritable politique d’urbanisation et dans les constructions anarchiques.

Selon lui, la configuration naturelle de Kinshasa devait normalement permettre l’écoulement des eaux de pluie des collines vers le fleuve Congo à travers la plaine.

Cependant, l’occupation désordonnée des collines, le déboisement et l’érosion des sols ont profondément modifié cet équilibre naturel.

« Les pluies emportent des masses de terre vers la plaine, obstruant les cours d’eau et augmentant le niveau des rivières. À la moindre pluie, ce sont des inondations partout », explique-t-il.

Le spécialiste pointe également du doigt la transformation des systèmes de drainage en dépotoirs publics, empêchant les eaux de pluie de circuler normalement vers le fleuve Congo.

Il cite aussi certaines constructions réalisées au centre-ville, notamment à proximité de la Gare centrale et le long de la rivière Gombe, qui auraient réduit ou bloqué plusieurs voies naturelles d’évacuation des eaux.

« Certaines constructions ont sectionné et bétonné des égouts qui acheminaient les eaux vers le fleuve, provoquant ainsi des refoulements et des inondations dans plusieurs quartiers », souligne-t-il.

Pour le professeur Biey Makaly, les inondations à répétition observées à Kinshasa sont avant tout la conséquence directe de l’anarchie dans les constructions, aussi bien sur les collines que dans la plaine et au centre-ville.

Divine Mbala

 

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