Dans un communiqué publié le 3 mai 2026, l’Observatoire Africain des Ressources Naturelles (AFREWATCH) a vivement condamné l’arrestation et la détention de onze membres de la communauté délocalisée de Kabombwa, dans la province du Lualaba. L’organisation exige leur libération « immédiate et sans condition ».
Selon AFREWATCH, ces habitants ont été interpellés le 1er mai 2026 par des éléments de la police à Fungurume, lors d’une opération qualifiée de « brutale et arbitraire ». Des sources évoquent également la présence d’agents de la société minière Tenke Fungurume Mining (TFM), sans identification formelle. Les personnes arrêtées ont ensuite été conduites au cachot du parquet près du Tribunal de paix de Fungurume.
L’ONG dénonce une procédure irrégulière, soulignant que ces arrestations ont eu lieu un jour férié, sans convocation préalable. Les victimes seraient retournées dans leur village d’origine pour protester contre leurs conditions de vie jugées précaires après leur délocalisation, ainsi que contre le manque de suivi des engagements pris par l’entreprise minière.
Une délocalisation contestée depuis 2023
Le différend remonte à 2023, lorsque la communauté de Kabombwa a été déplacée en raison de la pollution attribuée à une usine à chaux exploitée par TFM, filiale du groupe China Molybdenum Co. Ltd (CMOC). Selon les habitants, cette pollution aurait gravement affecté leur santé ainsi que leurs activités agricoles.
Lors des négociations, l’entreprise s’était engagée à restaurer les moyens de subsistance des populations et à assurer la prise en charge médicale des personnes affectées. Toutefois, trois ans après, AFREWATCH affirme que ces engagements n’ont pas été respectés, aggravant la précarité des familles concernées.
Face à cette situation, certains habitants ont décidé de regagner leurs terres d’origine pour réclamer réparation, une initiative qui aurait conduit à leur arrestation.
Des violations présumées du cadre légal
AFREWATCH estime que cette crise aurait pu être évitée si les autorités provinciales et l’entreprise s’étaient conformées aux dispositions de l’Annexe XVIII du Règlement minier, qui encadre les processus de délocalisation, d’indemnisation et de réinstallation des communautés affectées.
L’organisation dénonce notamment l’absence de sites de réinstallation adéquats et le recours à des compensations financières jugées insuffisantes, en violation des textes en vigueur.
Elle accuse également TFM d’instrumentaliser les forces de l’ordre pour intimider les populations locales et entraver leurs revendications.
Conditions de détention préoccupantes
Le communiqué alerte par ailleurs sur les conditions de détention des personnes arrêtées, décrites comme « particulièrement alarmantes ». Les détenus seraient maintenus dans un cachot surpeuplé, insalubre, sans accès adéquat à l’eau ni à des installations sanitaires, exposant ainsi leur santé à de graves risques.
Appels aux autorités et à l’entreprise
Face à cette situation, AFREWATCH appelle :
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la Gouverneure du Lualaba à garantir la protection des droits des personnes arrêtées ;
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le Procureur de la République près le Tribunal de paix de Fungurume à ordonner leur libération immédiate ;
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la société TFM à respecter ses engagements envers les communautés locales et à se conformer aux exigences légales en matière de délocalisation.
L’ONG plaide enfin pour l’ouverture d’un dialogue constructif entre les différentes parties, afin de trouver une solution durable à ce conflit qui illustre les tensions persistantes entre exploitation minière et droits des communautés locales en République démocratique du Congo.
Divine Mbala