Le 9 avril 2026, la Banque centrale du Congo (BCC) a annoncé avoir commencé l’accumulation de l’or artisanal comme or monétaire, suivant un accord avec la DRC Gold Trading, entreprise congolaise chargée de l’achat, de la canalisation et de la transformation de l’or artisanal. L’objectif final est la stabilisation de la monnaie locale à long terme. L’or monétaire n’est pas envisagé comme un simple métal d’investissement, mais comme un actif de réserve détenu par les institutions officielles. Historiquement, il a servi de référent dans les systèmes monétaires ; aujourd’hui encore, il conserve une réputation de valeur refuge, perçue comme plus stable dans le temps et moins sujette à la perte de confiance qui frappe certaines monnaies, notamment le franc congolais.
Pour le cas de la RDC, ce qui compte est non seulement « avoir de l’or », mais aussi savoir comment il fonctionne dans l’architecture monétaire. Si l’or peut renforcer la crédibilité, il exige aussi un environnement économique capable d’encaisser les contraintes, notamment celles liées à la flexibilité des prix et aux ajustements de la balance des paiements.
La question importante est de savoir ce que la RDC va réellement gagner. Selon le gouverneur de la BCC, André Wameso, la constitution des réserves d’or artisanal à des fins de conversion en or monétaire poursuit plusieurs objectifs : diversifier les réserves, renforcer la confiance dans la politique monétaire, constituer un matelas contre les chocs, mais aussi lutter contre les filières illicites d’exportation.
Le dispositif repose sur cette logique : la DRC Gold Trading SA est l’acteur principal en contact avec les artisans miniers, tandis que la BCC veille aux critères de traçabilité et de conformité, conformément aux exigences internationales. Les réserves ainsi constituées seront transformées en or monétaire et stockées, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Autrement dit, la transformation en « or monétaire » n’est pas qu’un changement de forme : c’est une tentative de transformer une économie parfois informelle et vulnérable en un secteur plus gouvernable, donc moins exposé à la fuite de valeur, aux trafics et aux pertes de recettes.
Finalement, l’or monétaire peut être une opportunité, mais il faut absolument comprendre la nature de ce que l’on fait. L’or offre une valeur refuge et un narratif de stabilisation ; il peut contribuer à rassurer et à renforcer la discipline monétaire.
La RDC a donc une fenêtre d’action : faire de l’or un instrument de souveraineté. L’or monétaire peut devenir bien plus qu’un actif de réserve : il peut devenir un repère de confiance mais aussi une réponse à la fragilité de la monnaie locale, donc le franc congolais.
Bruno Nsaka