Selon les états de suivi budgétaire (ESB) publiés fin mars par le ministère congolais du Budget, les dépenses totales de la Présidence de la République ont atteint environ 823,7 millions de dollars américains, au taux de change de fin de période. Un niveau d’exécution qui suscite des inquiétudes au sein de plusieurs observateurs de la gestion publique.
Pour Jimmy Kande, directeur Afrique de l’Ouest et francophone de la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), l’ampleur du dépassement estimé à 174 % dépasse le cadre d’une simple dérive administrative.
« Ce chiffre est alarmant et politiquement lourd de sens. Un dépassement de 174 % à la Présidence n’est pas une simple dérive administrative : c’est une rupture de la discipline budgétaire au sommet de l’État », a-t-il déploré.
Un signal préoccupant pour les finances publiques
Selon cet expert, un tel niveau de dépenses fragilise l’équilibre global du budget. « Soit on creuse le déficit, soit on prive d’autres secteurs essentiels de ressources », prévient-il, estimant également que ce type de pratique envoie un « signal désastreux », en affaiblissant le respect des règles budgétaires.
En plus, Jimmy Kandé évoque une mauvaise hiérarchisation des priorités publiques dans un contexte où les besoins sociaux restent importants.
« Ce type de dépassement affaiblit la crédibilité de l’État et compromet toute politique de rigueur », a-t-il insisté.
L’urgence devenue norme
L’une des préoccupations majeures soulevées concerne le recours accru à la procédure d’urgence dans l’exécution des dépenses publiques. Initialement conçue comme un mécanisme exceptionnel, celle-ci tendrait à devenir un mode de gestion courant.
« Le recours à l’urgence doit être exceptionnel. Ici, il devient un mode de gestion normalisé, ce qui pose un problème grave de transparence », a-t-il souligné.
Pour lui, cette situation expose les finances publiques à plusieurs risques, notamment :
• le contournement des procédures de passation des marchés ;
• l’absence de mise en concurrence ;
• la surfacturation et un risque accru de corruption.
Des réformes jugées indispensables
Face à ces dérives, Jimmy Kandé plaide pour une série de mesures correctives visant à renforcer la transparence et la discipline budgétaire. Parmi les pistes avancées figurent :
• le plafonnement légal des dépenses en urgence;
• l’obligation de justification publique pour chaque dépense exceptionnelle;
• la mise en place d’audits systématiques a posteriori par des institutions telles que la Cour des comptes ou l’Inspection générale des finances (IGF);
• la publication régulière des dépenses de la Présidence;
• l’application de sanctions en cas d’abus;
• ainsi que la digitalisation des marchés publics pour assurer une meilleure traçabilité.
« L’urgence doit redevenir une exception, pas une stratégie budgétaire », a-t-il martelé.
Repenser les priorités de l’État
Au-delà de la question du contrôle des dépenses, l’expert insiste sur la nécessité d’une meilleure orientation des ressources publiques. L’éducation et la santé devraient, selon lui, être placées au cœur des priorités afin de renforcer le capital humain et réduire les inégalités.
Parallèlement, les investissements dans les infrastructures, la sécurité et l’agriculture apparaissent comme des leviers essentiels pour soutenir la transformation économique du pays. « Investir dans ces secteurs, c’est à la fois répondre aux besoins immédiats des populations et préparer l’avenir », a conclu Jimmy Kande.
Divine Mbala