RDC : Le gouverneur du Sud-Kivu révèle que 67 % des minerais illicites partent vers le Moyen-Orient, seulement 2 % vers l’Europe

Le coltan
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PAR Deskeco - 03 avr 2025 13:15, Dans Mines

Lors de son intervention devant la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, le 2 avril 2025, le gouverneur de la province du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, a abordé la question de l’exploitation illicite des minerais qui touche sa région ces dernières années. Il a précisé que, contrairement à ce qui circule dans l’opinion, 67 % de la production illicite de minerais extraits du Sud-Kivu sont dirigés vers le Moyen-Orient, tandis que seulement 2 % vont en Europe.

« Selon nos enquêtes, contrairement à ce qu’on dit – que 90 % de cette production vont en Chine –, c’est faux. Nos recherches montrent que 67 % de cette production vont plutôt au Moyen-Orient, c’est-à-dire à Dubaï, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite. Et le reste va en Chine. En Europe, c’est moins de 2 % qui arrivent, contrairement à ce qu’on raconte », déclare-t-il.

Selon le gouverneur, l’Europe ne reçoit effectivement que 2 % des minerais extraits illégalement. Toutefois, dans une étude récente sur les conflits dans l’Est de la RDC, l’ancien ambassadeur français en RDC, Pierre Jacquemot, a révélé que les États-Unis constituent la principale destination de ces minerais. 

Ces ressources alimentent des géants américains tels que Tesla (propriété d’Elon Musk), Apple (fabricant des iPhone), Motorola, Intel et HP. Du côté du Canada, c’est l’entreprise BlackBerry, et en Finlande, Nokia qui en bénéficient également. Ces grandes entreprises technologiques sont des acteurs majeurs du marché des minerais extraits illégalement en RDC.

Face à cette situation, le gouvernement provincial indique avoir pris des mesures restrictives. Le 18 juillet 2024, un arrêté a suspendu toutes les activités minières dans la province. Le gouverneur a également souligné que l'exploitation illégale des ressources est favorisée par certaines sociétés qui, depuis longtemps, n'ont pas de permis d'exploitation et continuent leurs activités sans s'acquitter des taxes.

« En suspendant ces activités, force est de constater que nous attendions 400 entreprises identifiées comme illégales. Nous en avons découvert 1 600 qui se sont présentées, et lorsqu’elles nous ont expliqué leur situation, nous avons appris que certaines étaient là depuis huit ans, dix ans, mais n’avaient jamais payé de taxes, ni rien du tout. Elles ne sont enregistrées nulle part : aucun bureau, aucun permis d’exploitation, pas de permis de travail ni de recherche. Pourtant, elles exploitent, transportent les minerais de l’autre côté, et ça traverse », a-t-il expliqué.

Les exploitations illégales de minerais dans la province du Sud-Kivu sont principalement dominées par des ressortissants chinois, comme le confirment les dernières informations du gouvernorat. En décembre 2024, 17 citoyens chinois arrêtés pour exploitation illégale ont été libérés par le tribunal de grande instance de Bukavu.

Plus récemment, le 14 janvier 2025, trois autres ressortissants chinois ont été condamnés à sept ans de servitude pénale pour leurs activités illégales. Cependant, quelques jours plus tard, le 21 janvier 2025, le tribunal a acquitté dix autres Chinois impliqués dans de telles exploitations. Il convient de noter que ces pratiques illégales sont souvent réalisées en complicité avec certaines autorités congolaises.

Jean-Baptiste Leni

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