L'exploitation illicite des ressources naturelles constitue une menace directe pour la souveraineté des États, selon la ministre d'État congolaise aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner. Devant le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni lundi 13 juillet en formule Arria à New York, elle a pris l'exemple de Rubaya pour dénoncer les conséquences sécuritaires, politiques et économiques de l'exploitation des minerais par les groupes armés, notamment les rebelles de M23.
Prenant le cas de Rubaya, dans le territoire de Masisi, elle a rappelé que ce site minier représente environ 15 % de la demande mondiale de tantale et que son contrôle par le M23 procure d'importantes ressources financières au groupe armé.
« Pour des pays comme le mien, il ne s'agit plus seulement d'une question de développement. L'exploitation illicite affaiblit l'autorité de l'État, érode la souveraineté et peut s'accompagner d'une violation de l'intégrité territoriale. Le cas de Rubaya est frappant. Ses mines représentent environ 15 % de la demande mondiale de tantale. Selon le Groupe d'experts des Nations unies, au moins 1 400 tonnes de coltan ont été introduites clandestinement au Rwanda au cours de la première année suivant leur saisie par le M23, groupe armé soutenu par le Rwanda, générant environ 800 000 dollars américains par mois pour ce groupe », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner.
La ministre a également regretté que, malgré les éléments réunis par les experts des Nations unies, les Forces de défense rwandaises ne fassent toujours pas l'objet de sanctions onusiennes. Selon elle, cette situation met en évidence les limites des mécanismes internationaux face à l'exploitation illégale des ressources dans les zones de conflit.
« Pourtant, malgré ces preuves accablantes, les Forces de défense rwandaises ne sont toujours pas soumises aux sanctions des Nations unies. Cela révèle à la fois une application insuffisante des outils existants et une lacune plus large dans l'architecture internationale qui, trop souvent encore, cantonne la gouvernance des ressources naturelles à la sphère du développement, même lorsque l'exploitation illicite alimente les conflits armés, érode la souveraineté et viole l'intégrité territoriale », a-t-elle dénoncé.
Au nom de la présidence congolaise du Conseil de sécurité, Thérèse Kayikwamba Wagner a plaidé pour une approche reliant davantage la gouvernance des ressources naturelles aux questions de paix et de sécurité internationales. Elle a estimé que les recommandations du Secrétaire général des Nations unies devaient produire des effets concrets sur le terrain.
« C'est pourquoi la République démocratique du Congo plaide, durant sa présidence du Conseil de sécurité, en faveur d'un cadre plus cohérent liant les ressources naturelles à la prévention des conflits, à la paix et à la sécurité internationales, ainsi qu'à la prospérité partagée. Nous saluons les principes directeurs et les recommandations concrètes du Secrétaire général, mais ces principes n'auront d'importance que s'ils se traduisent par des changements mesurables sur le terrain », a-t-elle souligné.
La cheffe de la diplomatie congolaise a, par ailleurs, appelé les partenaires internationaux à dépasser la seule sécurisation des approvisionnements en minerais critiques. Elle a plaidé pour des investissements dans la transformation locale, les infrastructures, le transfert de technologies, la formation des compétences et un meilleur accès au financement. Elle a aussi insisté sur une responsabilité partagée de l'ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, depuis les producteurs jusqu'aux pays consommateurs, tout en défendant des mécanismes de traçabilité capables de combattre la fraude et le financement des groupes armés sans pénaliser les exploitants artisanaux légitimes.
En conclusion, Thérèse Kayikwamba Wagner a estimé que la réussite de la transition énergétique mondiale ne devrait pas être évaluée uniquement à l'aune des technologies produites, mais aussi à sa capacité à améliorer la sécurité, la souveraineté et les conditions de vie des populations des pays qui fournissent les minerais indispensables à cette transition.
Jean-Baptiste Leni