Face à un déficit critique de financements, le Gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et la communauté humanitaire ont lancé, mercredi 28 janvier 2026, un appel urgent de 1,4 milliard de dollars afin de répondre aux besoins humanitaires pour l’année 2026.
Ces ressources sont jugées indispensables pour venir en aide à des millions de Congolais et Congolaises pris au piège de l’une des crises humanitaires les plus longues et les plus négligées au monde. Faute de financements suffisants, la réponse humanitaire prévue pour 2026 sera toutefois strictement priorisée, ne ciblant que 7,3 millions de personnes, contre près de 15 millions identifiées comme ayant des besoins vitaux.
Ce recentrage marque une réduction significative par rapport à 2025, où 11 millions de personnes avaient pu être assistées. Il traduit une priorisation sévère en faveur des populations exposées aux menaces les plus immédiates pour leur survie, dans un contexte national marqué par la persistance des conflits armés, des déplacements massifs de populations, des chocs climatiques et des épidémies récurrentes.
Les conséquences du sous-financement chronique se sont déjà fait sentir en 2025. Plus de 1 000 centres de nutrition ont dû fermer leurs portes, privant environ 390 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère d’une prise en charge vitale. Dans le secteur de la santé, près de 1,5 million de personnes ont perdu l’accès aux soins de santé primaires en raison de la fermeture de structures sanitaires, de ruptures de stocks de médicaments essentiels et d’une capacité réduite de prévention et de réponse aux épidémies.
Par ailleurs, les programmes d’assistance alimentaire ont été fortement affectés, avec des réductions allant jusqu’à 73 % des rations mensuelles, exposant les populations les plus vulnérables à des risques accrus de faim et de privation.
« La combinaison de besoins immenses et de ressources limitées nous impose des choix extrêmement difficiles, parfois impossibles », a déclaré Bruno Lemarquis, Coordonnateur humanitaire en RDC tout en appelant à un engagement financier renouvelé et renforcé afin de préserver la dignité des populations congolaises et d’éviter que des millions de personnes ne soient privées d’un soutien vital.
Cette planification humanitaire intervient dans un contexte sécuritaire fortement dégradé dans l’Est du pays depuis janvier 2025. Les affrontements persistants au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri ont fait évoluer les besoins, perturbé les chaînes d’approvisionnement et accru les contraintes administratives et sécuritaires, rendant l’accès humanitaire plus dangereux et complexe que jamais.
Face à cette situation, Bruno Lemarquis a plaidé pour un changement de paradigme, estimant que si l’aide humanitaire sauve des vies, elle ne peut à elle seule résoudre les causes profondes des crises.
« La quête de la paix doit être au centre de nos efforts. Les solutions sont avant tout politiques », a-t-il souligné, appelant également au renforcement du Nexus Humanitaire–Développement–Paix et à une culture d’anticipation et de prévention.
Il a enfin salué la résilience et la solidarité des communautés congolaises, en particulier les familles d’accueil, véritables premiers remparts humanitaires du pays, tout en rappelant le rôle central du Gouvernement dans la facilitation de l’action humanitaire sur le terrain. La communauté humanitaire réaffirme sa mobilisation aux côtés du Gouvernement congolais pour sauver des vies, protéger les civils et renforcer la résilience des populations, à condition que le soutien international soit à la hauteur des besoins.
Divine Mbala