La réforme de la dépense fiscale pétrolière engagée par le gouvernement congolais en 2025 a profondément transformé le niveau de mobilisation des recettes publiques. Les chiffres officiels de la Direction générale des douanes et accises (DGDA) révèlent une progression spectaculaire des recettes pétrolières entre le premier et le second semestre de l’année.
Entre janvier et juillet 2025, période précédant la mise en œuvre effective de la réforme, les recettes pétrolières mobilisées par la DGDA affichaient une moyenne mensuelle de 4,4 milliards de francs congolais. Une performance jugée modeste au regard des pertes engendrées par une dépense fiscale devenue structurelle, estimée à 1,6 milliard de dollars en 2022 et 1,1 milliard de dollars en 2023, soit près de 15 % des recettes courantes de l’État sur ces deux exercices.
Face à cette situation, le gouvernement, à travers les ministères des Finances, de l’Économie nationale et des Hydrocarbures, a engagé une réforme de rationalisation, consacrée par l’article 22 de la Loi des finances 2025. Celle-ci a été matérialisée par un arrêté interministériel du 2 mai 2025 instaurant la taxation des carburants consommés par les sociétés minières et leurs sous-traitants, désormais exclus du régime de subvention pétrolière.
Les effets de cette réforme se font nettement sentir dès août 2025. Entre août et décembre, les recettes pétrolières bondissent à une moyenne mensuelle de 78,5 milliards de CDF, soit une augmentation de plus de 1 700 % par rapport à la période antérieure. À titre illustratif, les recettes passent de 4,5 milliards de CDF en juillet à plus de 63 milliards en août, culminant à près de 94 milliards de CDF en septembre.
Cette performance est également attribuée à des mesures d’accompagnement, notamment la suspension des exonérations et paiements échelonnés à l’importation des produits pétroliers, l’intensification du marquage moléculaire ainsi que le renforcement des contrôles de la Brigade de lutte contre la fraude et la contrebande pétrolière.
Grâce à cette dynamique, la DGDA a mobilisé 6 848 milliards de CDF à fin décembre 2025, dépassant ainsi les 6 280 milliards de CDF prévus dans le Plan de trésorerie de l’État. Le taux de réalisation atteint 109 %, confirmant, selon le ministère des Finances, l’impact positif d’une réforme menée de manière concertée au sein du Gouvernement.
Ce bond des recettes pétrolières illustre un tournant majeur dans la gestion des finances publiques et relance le débat sur la soutenabilité des exonérations fiscales, longtemps pointées comme un frein à la mobilisation optimale des ressources de l’État.
Jean-Baptiste Leni