Briser le pacte FCC-CACH pour une éventuelle amélioration sociale et économique (Tribune de Jo Sekimonyo)

JO Sekimonyo
PAR Deskeco - 29 juin 2020, Dans Actualités

L'économie et la politique sont intimement liées et s'influencent  souvent mutuellement. Sous d'autres cieux, les résultats sociaux et économiques façonnent l'arène politique et les décisions économiques sont vues à travers le prisme des idéologies politiques et dogmes sociales. Ceci est loin d’être une réalité en RDC. L'un des problèmes qui se pose est qu'avant l'indépendance et pendant de nombreuses décennies après, l'occident a mis en place des mécanismes politiques pour rendre notre monde prévisible. Toutefois nous sommes les seuls à blâmer de continuer à préserver avec foi de contrats et de constructions sociales coloniales qui alimentent la folie et les ambitions délirantes de nos « évolués ».

L’essor économique et social de la RDC n'est pas un problème désespéré, bien qu'il soit facile de le croire compte tenu de l'humiliante expérience quotidienne des Congolais en RDC et  ailleurs.  Des questions complexes telles que les politiques ou les programmes sociaux et économiques ne devraient pas être tranchées rapidement et unilatéralement par un seul chef ou une clique ; ils devraient être débattus par de représentants examinant les deux côtés de la question jusqu'à ce que la majorité parvienne à un consensus.

Certains ont commencé à vilipender la démocratie. Cependant, c'est un système de gouvernement dans lequel les citoyens d'une nation déterminent leurs politiques par le biais de représentants élus, du vote direct ou, dans la plupart des cas, d'une combinaison des deux. Nous avons défiguré la démocratie avec le vote indirect et par liste et un seul tour pour les présidentielles tout en évitant d’organiser les élections les plus cruciales que sont celles des maires qui ont fait que ceux qui déçoivent le citoyen année après année gardent le contrôle. C’est ainsi que les élections en RDC sont davantage un obstacle au développement social et économique.

Lorsque la compétition politique est intense, elle est généralement bonne pour les citoyens, les clients. Actuellement, les problèmes politiques en RDC sont systémiques et structurels, impliquant de multiples facteurs auto-renforçant. Si nous devons résumer aujourd'hui l'échec du mécanisme politique de la RDC, c'est dans son incapacité à amener les Congolais à être socialement et à exister économiquement au 21e siècle. L’échec est dans la nature de la compétition politique qui s'est créée par la coalition FCC-CACH qui s’aggrave par le manque de pertinence de LAMUKA. Les freins et contrepoids normaux d'une saine concurrence ont été neutralisés. Cela signifie que la seule façon de réformer le système est de changer la nature même de la concurrence politique.

Notre système politique ne s'auto-corrigera pas. Cependant, nous pouvons déclencher un processus qui peut y conduire. La politique en tant que domaine qui influence les interactions économiques dans le contexte des partis, des idéologies, du gouvernement et des gouvernés, et les affiliations partisanes. Un désaccord entre les décideurs peut conduire à une impasse ou, dans des cas extrêmes, des affrontements qui mènent à la perte de vies. Mais aussi les batailles idéologiques politiques obligent plus que souvent les deux parties à trouver un terrain d'entente pour faire avancer le pays. Ici je suis loin de suggérer le partage pacifique du gâteau. Les différences idéologiques des décideurs politiques sont un déterminant important du désaccord politique. Que dire de la RDC où les décideurs politiques n’ont pas de différences sociales ou économiques idéologiques ?

L'atmosphère politique est submergée par la partisanerie timide qui prévalent en RDC, illustre le faible degré de polarisation entre les deux principaux plateformes politiques du pays, la plateforme du Front commun pour le Congo (FCC) et coalition Cap pour le changement (CACH). Ce  qui se réduit à la relation émotionnelle entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. Les deux pôles font que des aménagements honteux et contre-nature plutôt que des concessions idéologiques. La raison en est que dans le FCC, le PPRD sait comment être au pouvoir au rythme africain mais pas comment partager le pouvoir même au sein de sa plateforme. Du côté du CACH, l'UDPS sait trop bien comment combattre un regime mais pas comment gouverner, et l’UNC ne sais tout simplement pas la différence entre la chose publique et le privé. Pendant que LAMUKA ne fournit aucun effort d’articuler un contre-argument social ou économique au pacte FCC-CACH.

L’avalanche des scandales qui découlent de l'exécution des travaux de son Programme d'urgence des 100 premiers jours et les propositions de lois Minaku et Sakata sans semelle sociale ou économique mettent en évidence que la coalition politique entre des chiens de chasse et des chats sauvages ou le régime semi-présidentiel ne correspond pas bien à notre aspiration nationale, mais plutôt à des ambitions politiques et financières individuelles.

Un conflit intense, médiatisé par des ambitions partagées, de n'importe quel genre a toujours été avec nous et est profondément congolais. Tout cela sous-entend en politique la reconnaissance du fait que le conflit est une force constante et nécessaire pour maintenir un certain degré de raison dans notre démocratie défigurée. Et ceci ouvrira aussi la voie au progrès social et économique ou du moins empêchent un revers politique brutal en RDC.

Il est plus clair que le pacte FCC-CACH doit être brisé pour rétablir l’état naturel de l’écosystème politique et une éventuelle amélioration sociale et économique en RDC tout atténuant des implications régionales et continentales. Et il est même dans l'intérêt du FCC de demander le divorce que celui de CACH qui a peur de briser ce mariage le ventre vide. Le FCC gouvernera seule sans excuse ou bouc émissaire tandis que les congolais pourront reposer au moins un œil à la fois jusqu'en 2023 avec un chien de garde très méchant et imprévisible qui pourra opposer son veto ou donner le mot d'ordre à toute proposition concoctée au congrès ou au gouvernement qui ne répondrai pas à nos appétits.

Par-dessus tout, il semble que le président Félix Tshisekedi est chaque jour plus conscient de sa place emblématique dans le souffle de tous les congolais et son prédécesseur Joseph Kabila est inlassablement obsédé d’améliorer ses empreintes dans l'histoire congolaise. Le divorce FCC-CACH forcera tous ces deux grands auteurs de la moralité congolaise de cette époque et leurs cliques respectives de s’atteler à construire des sentiers de chemin de fer politique pour que le prochain président y pose le train social et économique à grande vitesse, au lieu d'essayer de tomber amoureux ensemble de leur solitude. J'ajouterai, en théorie.

Jo M. Sekimonyo

www.sekimonyo.com

 
 

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