La Cour de Comptes a sorti son rapport annuel axé sur l’exercice budgétaire 2024-2025, auquel la rédaction de Deskeco a eu accès. Le document dresse un état des lieux préoccupant de la gestion des finances publiques. Si certains indicateurs, notamment macroéconomiques demeurent relativement stables, plusieurs secteurs considérés comme essentiels au développement sont restés cependant loin des objectifs annoncés au début de l’ exercice.
Des secteurs sociaux sous-financés
Le rapport aborde le financement des secteurs sociaux. Dans l'éducation, le gouvernement a consacré, indique-t-il, 15,03 % du budget national, alors que le Partenariat mondial pour l'éducation recommande un seuil de 19,9 %. Malgré les efforts consentis ces dernières années, les ressources allouées demeurent insuffisantes pour atteindre les standards fixés au niveau international.
Le tableau est encore plus préoccupant dans le secteur de la santé. Alors que l'Accord d'Abuja invite les États africains à affecter au moins 15 % de leur budget à ce domaine, la RDC n'a exécuté que 7,42 % de ses dépenses en faveur de la santé en 2024. Même les prévisions budgétaires, arrêtées à 13,40 %, restent en dessous de cet engagement continental.
L'agriculture, présentée comme un levier important pour la sécurité alimentaire et la diversification économique, n'a pas non plus bénéficié des moyens attendus. Les prévisions budgétaires représentent 6,13 % du budget, bien loin du seuil de 10 % recommandé par l'Accord de Maputo.
Une pression fiscale toujours faible
Le rapport met également en évidence les difficultés persistantes de mobilisation des recettes publiques. Avec une pression fiscale de 9,87 %, la RDC reste très éloignée de la moyenne de 17,6 % observée dans plusieurs pays d'Afrique subsaharienne.
Cette faiblesse des recettes limite la capacité de l'État à financer durablement les politiques publiques et à répondre aux besoins croissants de la population dans les secteurs sociaux et les infrastructures.
Par ailleurs, les réserves de change du pays n'ont couvert que trois mois d'importations en 2024. Bien que ce niveau soit légèrement supérieur aux prévisions gouvernementales fixées à 2,8 mois, il demeure largement inférieur au critère de six mois retenu par la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).
Quelques indicateurs au vert malgré les défis
Tout n'est cependant pas négatif dans l'évaluation réalisée par la Cour des comptes. La masse salariale de l'État est restée en dessous du plafond de 5 % du PIB nominal prévu par la loi de finances 2024, signe d'une certaine maîtrise des dépenses de personnel.
Le solde budgétaire présente également une évolution relativement stable. Après un déficit de 2,22 % du PIB en 2022 et un excédent de 1,13 % en 2023, il s'est établi à 0,17 % en 2024. Ce résultat demeure dans la limite des 2,8 % du PIB que le gouvernement s'est fixée dans son Cadre budgétaire à moyen terme.
L'endettement et les objectifs budgétaires sous surveillance
La Cour des comptes attire néanmoins l'attention sur le recours au marché intérieur pour financer les besoins du Trésor. Les opérations liées aux bons et obligations du Trésor ont généré des ressources évaluées à 4 689,7 milliards de francs congolais, soit 2,23 % du PIB nominal.
Ce niveau dépasse largement le seuil de 0,5 % que le gouvernement s'était fixé pour éviter une accumulation excessive de la dette publique.
Enfin, les magistrats financiers soulignent un décalage entre les ambitions affichées et les résultats attendus concernant les recettes et les dépenses publiques. Alors que l'exécutif visait respectivement 15 % et 21,5 % du PIB, les prévisions budgétaires arrêtées à 40 790,3 milliards de francs congolais représentaient déjà 22,74 % du PIB nominal prévisionnel, éloignant davantage l'État de ses propres repères de gestion.
À travers ce rapport, la Cour des comptes rappelle que la maîtrise des finances publiques ne se mesure pas uniquement à l'équilibre budgétaire. Elle dépend également de la capacité de l'État à investir suffisamment dans l'éducation, la santé et l'agriculture, trois secteurs dont les performances conditionnent directement le développement du pays et l'amélioration des conditions de vie de la population.
Jean-Baptiste Leni