Dans la province du Tanganyika, le site de Manono concentre l’un des plus importants gisements de lithium en roche dure encore inexploités. Ce minerai, devenu indispensable pour les batteries et la transition énergétique mondiale, place la République démocratique du Congo dans une position convoitée sur le marché international.
Cependant, alors que les projets se multiplient autour de ce gisement, des interrogations persistent sur la gestion des partenariats, la clarté des procédures et la traçabilité des décisions liées aux droits miniers. Au fil des années, plusieurs opérateurs étrangers ont tenté de s’implanter à Manono en collaboration avec la société publique. Ces alliances ont été marquées par des recompositions fréquentes d’actionnariat, des désaccords juridiques prolongés et des accusations indirectes autour de certaines pratiques administratives.
Le différend opposant à la Cominière autour de la zone sud du gisement illustre ces tensions. Parallèlement, des interrogations subsistent sur la manière dont certains permis ont été attribués et sur la transparence des mécanismes de partenariat.
« Si son exploitation commerciale venait à démarrer, la République démocratique du Congo (RDC) pourrait se positionner à l’avant-garde du marché mondial de ce minerai critique, essentiel à la fabrication des batteries et à la transition énergétique mondiale. Pourtant, derrière ce potentiel stratégique se cachent plusieurs zones d’ombre qui soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la gouvernance et à la transparence dans la gestion des différents projets miniers autour de Manono », a indiqué l’organisation.
Avant d’ajouter :
« Au cours de la dernière décennie, plusieurs entreprises étrangères ont cherché à obtenir des permis d’exploration en partenariat avec la société d’État Cominière. Ces démarches ont souvent été marquées par des changements brusques de propriétaires, des soupçons de corruption et des batailles juridiques prolongées. »
Dans ce climat, l’organisation évoque plusieurs signaux préoccupants et invite à une surveillance renforcée des opérations en cours. L’objectif, selon l’organisation, « n’est pas de freiner les investissements, mais d’assurer qu’ils s’effectuent dans un cadre transparent, équitable et bénéfique pour les communautés locales ».
« C’est dans ce contexte que Resource Matters appelle à la prudence et à la vigilance dans le développement du secteur du lithium congolais. Sans constituer des preuves directes de corruption, plusieurs signaux d’alerte montrent la nécessité pour les investisseurs, gouvernements et institutions de renforcer leurs contrôles et de garantir une concurrence loyale. L’exploitation du lithium de Manono représente une opportunité historique pour la RDC. Mais si elle se déroule dans l’opacité, elle risque de reproduire les erreurs du passé, où les ressources naturelles ont enrichi quelques-uns au détriment de tous », avertit l’organisation.
Neuf points de vigilance soulevés dans le secteur du lithium
Resource Matters identifie plusieurs éléments qui appellent, selon elle, à une attention particulière dans le développement du lithium congolais.
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Le conflit de longue date entre AVZ et Cominière au sujet de la partie sud de Manono ;
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Irrégularités possibles dans le transfert des parts de l’État dans des coentreprises ;
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Difficulté à retracer la propriété effective de certaines entreprises ;
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Rôle discutable de certaines entreprises dans le développement de projets miniers et le transfert de droits miniers ;
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Respect discutable des procédures d’attribution des permis miniers ;
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Le rôle de la Cominière et sa facilité apparente à faire des affaires avec des entreprises politiquement connectées ;
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Opacité dans la publication des contrats de joint-venture entre Cominière et des entreprises privées ;
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Paiement discutable à une ONG politiquement connectée ;
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Argent manquant ? (Les 20 millions de dollars manquants dans le compte de dépôt d’AVZ).
Quels sont les acteurs impliqués dans le projet ?
En mai 2026, le ministre des Mines a échangé avec les responsables de Manono Lithium SAS sur l’évolution du projet de lithium. Cette coentreprise, qui associe notamment la Cominière SA et l’État congolais, représente un investissement estimé à environ 2 milliards de dollars, avait annoncé le ministère des Mines. Les discussions ont porté sur l’avancement des infrastructures industrielles, des voies de transport et du port de Kalemie, destinés à soutenir l’activité minière.
Le projet affiche également des retombées économiques avec plus de 1 200 emplois directs déjà créés et plusieurs milliers d’emplois indirects dans la région. Dans ce contexte, les autorités nationales, sous la coordination de la Première ministre et la conduite du président, assurent leur accompagnement aux investissements industriels liés à la valorisation des ressources naturelles.
Jean-Baptiste Leni