Minerai stratégique très prisé dans l’industrie des batteries rechargeables indispensables aux véhicules électriques, téléphones et au stockage d’énergie, le lithium, dont la valeur est comparable à celle de l’étain, pourrait « éventuellement » connaître sa première production en République démocratique du Congo.
Le ministre des Mines, Louis Watum, l’a annoncé ce mardi 3 mars devant des investisseurs et partenaires internationaux, lors de « Spotlight on DRC », une plateforme d’échanges miniers organisée à Toronto, au Canada. Il a rassuré que la première production interviendra dès le deuxième trimestre 2026, sans toutefois donner davantage de précisions.
Un gisement parmi les plus importants au monde
Le gisement de lithium, considéré comme l’un des plus grands au monde, se situe dans le territoire de Manono, dans la province du Tanganyika, au sud-est du pays.
D’après une étude de faisabilité menée par Rio Tinto, une firme britannique, les mines de Manono abritent près de 45 millions de tonnes de réserves, avec une capacité de production annuelle estimée à 700 000 tonnes. Les estimations évoquent également la présence de 6,6 millions de tonnes de lithium dans le sous-sol local.
Selon Market Research Future, la demande en lithium devrait entraîner une croissance du marché mondial des batteries lithium-ion pouvant atteindre 16 % d’ici 2026. En décembre 2025, l'accord minier conclu entre Washington et Kinshasa a intégré les gisements de Manono parmi les projets du deal.
Un projet attendu mais retardé
Annoncé depuis 2023, le projet peine à se concrétiser, et suscite inquiétude et frustration au sein de la population locale confrontée à une situation socioéconomique précaire. En mai 2025, l’Abbé Moïse Kiluba, membre actif de la société civile de Manono, a dénoncé ce retard.
« Jusque-là les choses patinent même s’ils ont déjà commencé l’installation de l’usine. La population attend et s’inquiète du fait que le projet d’exploitation de son lithium tire en longueur », a-t-il déploré à Actualite.cd
« Nous pensions que ce projet allait aboutir pour promouvoir les projets communautaures sur place à Manono, mais nous pensons que c’est une anarque », avait de sa part dénoncé un autre habitant, Patrick Kasongo.
Mobilisation des organisations de la société civile
Malgré ces retards, certaines organisations non gouvernementales ont entrepris de préparer les communautés locales à tirer profit du projet tout en se prémunissant contre ses éventuels impacts. C’est notamment le cas de l’Observatoire africain des ressources naturelles (Afriwatch), qui a lancé en mai dernier le projet « Faire entendre la voix des communautés autour de Manono », destiné à accompagner les populations riveraines face aux futures activités d’exploitation du lithium.
Les obstacles et controverses
Le projet a connu plusieurs obstacles. En date du 22 mai 2023, les autorités ont suspendu les activités à la suite d'un présumé détournement de 70 millions de dollars américains, dénoncées par la société civile locale, impliquant la société chinoise Zijin Mining et une ONG fictive dont le président siégeait au conseil d’administration de Cominière, entreprise de droit congolais co-responsable du projet Manono Lithium.
D’autres difficultés ont été soulevées, notamment le non-respect du cahier des charges communautaire et l’application contestée de la rétrocession de 0,3 % de la redevance minière prévue par le Code minier de 2018 en faveur du développement local. Ces contentieux ont contribué à retarder le décollage effectif du projet.
Les entreprises impliquées
La société australienne AVZ Minerals détient une part majoritaire du projet en partenariat avec la congolaise Cominière. En 2021, le géant chinois Contemporary Amperex Technology Co Limited a conclu un investissement de 240 millions de dollars pour acquérir 24 % du projet, AVZ demeurant majoritaire aux côtés de Cominière.
La firme américaine KoBold Metals, soutenue notamment par Jeff Bezos, a également sécurisé des licences en RDC et exprimé son intérêt pour l’exploitation du lithium de Manono. Quant à Zijin Mining, son implication reste marquée par les accusations de détournement présumé et de non-respect des engagements communautaires.
L’exploitation du lithium pourrait positionner Manono et l’ensemble de la province du Tanganyika à l’avant-garde de la révolution des énergies vertes. Au-delà de l’exploitation minière, le projet est porteur d’espoirs en matière d’accès à l’électricité, de promotion de l’entrepreneuriat local, d’approvisionnement en eau et de construction d’infrastructures dans une zone largement dépourvue d’équipements de base.
Après plusieurs années d’attente, l’annonce faite le mardi 3 mars 2026 par le ministre des Mines, Louis Watum, relance les espoirs. Reste désormais à voir si l’échéance annoncée pour le deuxième trimestre 2026 sera effectivement respectée et si le projet tiendra enfin ses promesses pour Manono, Tanganyika et la RDC en général.
Jean-Baptiste Leni