RDC : Félix Tshisekedi ne rassure pas sur la réduction du train de vie des institutions

PAR Deskeco - 02 aoû 2019, Dans Actualités

L'appareil de l’Etat coûte cher au Trésor public. Et les dernières nouvelles de la formation d'un gouvernement de 65 membres, sans compter le Premier ministre, ne rassurent pas. Le pays risque de ne travailler que pour le personnel politique qui sont dans les institutions tant au niveau national qu'en province. Pourtant, ce quinquennat est placé sous la vision “le peuple d’abord “.

Des institutions budgétivores face aux maigres recettes 

DESKECO.COM a déjà fait une évaluation du coût financier du personnel politique au regard de la situation actuelle. Tenez, avec cette équipe gouvernementale attendue de 48 ministres et 17 vice-ministres, il va y avoir au moins 5 200 personnels politiques dans les cabinets ministériels. 

Au niveau du Pouvoir central, on compte un Parlement composé de 500 députés nationaux avec un bureau de sept membres et conseillés et  un sénat de 109 élus avec un bureau de 7 membres et conseillés.

Au Niveau des provinces, la RDC Compte 52 exécutifs provinciaux dont 26 gouverneurs et 26 vice-gouverneurs, 26 bureaux des assemblées provinciales, 780 députés provinciaux et environ 208 ministres provinciaux.

Sur le plan budgétaire, en cinq ans de mandat de Félix Tshisekedi, le trésor public va dépenser 8,785 milliards USD soit 1,757 milliard de dollar américain par an pour prendre en charge les dépenses de ces institutions, notamment la rémunération et le fonctionnement.

Il faudra donc dépenser : "environ 750 millions USD pour le fonctionnement et la rémunération des députés provinciaux, des Gouverneurs et vice-gouverneurs, y compris le personnel politique ; 662 millions USD pour 65 ministères et 5 200 personnels politiques ; 345 millions USD pour la Présidence de la République et le Parlement, ainsi que la Primature", en se référant aux exécutions des budgets antérieurs sous l'ancien régime. 

L'expérience récente renseigne que les cabinets des différents premiers ministres avaient des effectifs de l'ordre de 606 personnes. Ainsi, la rubrique rémunération des agents affectés au bureau et au cabinet représente une enveloppe de 9.524.411.922 FC soit 10, 20 millions USD pendant que les indemnités d’entrée en fonction de ce personnel sont chiffrées à 4.762.205.961 FC soit 5, 10 millions USD.

Toutes ces dépenses se butent aux maigres recettes collectées. Le volume des recettes fiscales et non fiscales se situent autour de 4,9 milliards de dollars américain dont 2, 1 milliards USD, soit 38,42% du budget annuel de l'Etat, couvrent les dépenses de rémunération et de fonctionnement des administrations.

Certes, c'est la constitution qui a déterminé cette architecture de L'Etat. Pour autant, le président de la République a le pouvoir et le choix de réduire notamment la taille du gouvernement central pour montrer qu'il veut concrétiser ce projet de réduction du train de vie des institutions politiques. Ce qu'il n'a pas fait. 

Bien plus, le président de la République a le pouvoir d'engager un dialogue républicain avec les élus afin de réduire les émoluments des députés et sénateurs et fixer des seuils de rémunérations de tous les autres mandataires qui sont dans les entreprises publiques. Ce qui n'est pas encore fait non plus. 

Dès lors qu'on considère que l'Etat doit avoir des institutions aussi budgétivores, il faut se donner les moyens de sa politique. Or, on voit bien que la mobilisation des recettes publiques ne suit pas. 

Durant les six premiers mois de l'année 2019, les dépenses non exécutées faute des moyens financiers sont chiffrées à 986 millions USD. Pendant que les frais des institutions politiques ont été payés soit à 100% soit au-delà.

DESKECO.COM l'a déjà relayé précédemment, pour mettre en œuvre la politique de la gratuité de l’enseignement de base, l’Etat congolais doit dépenser 2,9 milliards par an. Il faudra aussi 2,2 milliards USD pour la prise en charge de la santé maternelle, néonatale et infantile. Dans l'agriculture, la RDC a besoin de 5.730,8 milliards USD, soit une moyenne annuelle de 716 millions USD, pour mettre en œuvre le Plan National d’Investissement Agricole (PNIA) afin de combattre la faim et la malnutrition en RDC.

Ce sont autant des dépenses destinées à améliorer les conditions de vie des Congolais. Tout ceci nécessite de la volonté politique pour accroître la mobilisation des recettes et un sursaut patriotique pour réduire le train de vie des institutions et améliorer le pouvoir d'achat des Congolais. Mais face à la réalité budgétaire de la RDC telle que présentée, les dépenses sociales pourraient donc être sacrifiées au profit des institutions politiques et des ministères tant au niveau du pouvoir central que des provinces.

S'affirmer en tant que puissance 

La République démocratique du Congo a vocation de grandeur. Autant le Nigeria joue son rôle de géant économique dans l'Afrique de l'ouest, autant l'Afrique du Sud remplie le sien en Afrique australe. Il reste que Kinshasa remplisse son rôle dans la sous-région de l'Afrique centrale. 

Quand on est grand, il faut se donner le moyen de sa politique. C'est tout ce qui manque à la RDC jusque là. Et donc, le nouveau leadership national, le président Félix Tshisekedi n'a pas 36 solutions pour donner de la grandeur au Grand Congo. Il doit impulser les réformes nécessaires pour que le pays puisse enfin capitaliser ses immenses potentialités. 

Ce qui passe par la bonne gouvernance et une lutte déterminée contre la corruption et toutes les antivaleurs qui gangrènent les institutions de la République. C'est ça le challenge du nouveau pouvoir. Et c'est là que Félix Tshisekedi sera jugé au bout de son quinquennat. 

Amédée MK 

Articles similaires