RDC :Citi Bank s'érige en seul correspondant bancaire du système financier congolais

PAR Deskeco - 06 mai 2019, Dans Actualités

La Banque centrale du Congo s'inquiète énormément du "resserrement" des correspondants bancaires à l'international pour le système financier congolais. En clair, certaines banques internationales ont coupé le lien d'affaires avec des institutions financières congolaises soit parce qu'elles n'ont pas tout le dispositif nécessaire de contrôler les risques liés à la circulation de l'argent sale soit tout simplement par prudence pour éviter d'être lié à quelque niveau que soit avec le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme ou les personnes blacklistées.

"Aujourd'hui, seule la Citi Bank joue le rôle de correspondant bancaire à l'international pour les banques commerciales congolaises", a confié à DESKECO.COM un expert financier.

Cette situation découlerait principalement de la rigueur de plus en plus croissante de la réglementation financière internationale pour lutter  contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

Et le trésor américain est champion dans ce combat pour traquer tous les flux financiers illicites à travers le monde notamment pour surveiller la monnaie américaine, le dollar us.

Pour le cas de la République démocratique du Congo, le resserrement des correspondants bancaires à l'international coïncide avec les sanctions ciblées du Trésor américain contre quelques dirigeants, civiles et militaires, reconnus coupables de persécuter la démocratie et ou d'être impliqués dans la corruption.

Le trésor américain a ainsi sanctionné une dizaine des personnalités congolaises, toutes proches de l'ancien président de la République, Joseph Kabila. En conséquence, les personnes sanctionnées par le Trésor américain devraient être bannies du système financier congolais, du reste dominé par l'utilisation de la monnaie américaine. Les dépôts dans les banques commerciales de la RDC se font à plus de 90% en dollars américains.

Dès lors, le Trésor américain surveille à la loupe le système financier congolais pour voir si ses sanctions sont scrupuleusement respectées par l'ensemble des banques commerciales de la RDC.

Bien plus, la réglementation financière internationale qui est scrupuleusement surveillée par le Trésor américain a mis des dispositifs d'alerte pour que toutes les personnes, morales ou physiques, blacklistées ne puissent pas effectuer des opérations bancaires n'importe où sur la planète.

 

A la Banque centrale du Congo (BCC) , on reconnaît le resserrement des correspondants bancaires dont beaucoup ont rompu les relations d'affaires avec les banques congolaises.

"Nous travaillons pour éviter la situation d'enlisement dans le resserrement des correspondants américains. Ce qu'on appelle le Derisking. Beaucoup de correspondants américains ont coupé les relations d'affaires avec nos banques. Cette situation peut compromettre la stabilité financière parce qu'elle renchérit les coûts de transferts internationaux du fait de la multiplicité des banques intermédiaires lorsqu'on cherche à dénouer les transactions financières avec les banques du reste du monde. Ce renchérissement là risque d'impacter négativement nos prix intérieurs et déstabiliser le cadre macro-économique", a déclaré le gouverneur de la banque centrale du Congo, Deogratias Mutombo lors de sa récente conférence de presse du 30 avril, à l'issue de la troisième réunion ordinaire du Comité de politique monétaire.

La Banque centrale a rassuré tout de même que les dispositions ont été prises pour mettre le système financier congolais au diapason de la réglementation financière internationale.

"Nous adaptons régulièrement nos dispositifs de lutte antiblanchiment, de lutte contre le financement du terrorisme aux principes de GAFI (Groupe d'action financière). Nous adaptons également même nos dispositifs de compleance. Dans nos banques, des services de compleance sont dotés des logiciels dédiés à détecter les opérations non conformes à la réglementation financière internationale. Ce sont des logiciels qui interoperent avec des logiciels internationaux notamment ceux de L'OFAC (Ndlr: le Trésor américain) et qui restituent toutes les informations des personnes blacklistées, des personnes sanctionnées et de faire en sorte que les transactions jugées non conformes à la réglementation internationale ne passent pas. Il y a également l'amélioration des dispositifs de connaissance du client qui permettent de signaler des opérations inhabituelles", a indiqué le patron de la BCC.

L'institut d'émission a donc pris plusieurs mesures pour ne pas mettre en danger tout le système financier congolais. L'autorité monétaire dit être coopérative avec le Trésor américain dans le but de faire respecter la réglementation financière internationale.

"Nous avons fait un effort d'élaborer une charte de conformité à la réglementation financière internationale. Toutes les banques ont adhéré à cette charte. Nous maintenons un contact permanent avec nos correspondants américains, même avec le service du Trésor américain, l'OFAC. Ce sont des efforts que nous faisons pour éviter cet enlisement des correspondants américains", a ajouté Déogratias Mutombo.

Le 21 mars dernier, le Trésor américain a sanctionné 5 personnalités congolaises dont 3 de la Centrale électorale, le président, Corneille Nangaa, son adjoint,  Norbert Basengezi, et Marcellin Katintima, conseiller du président de la CENI, pour des faits de corruption. L'ancien président de l'assemblée nationale, Aubin Minaku, et le président de la cour constitutionnelle, Benoit Lwamba, ont été sanctionnées pour avoir sapé le processus électoral congolais qui a débouché à la tenue des élections du 30 décembre 2018.

Par ces sanctions, tous les actifs relevant de la juridiction américaine de ces personnes sont bloqués. Il est également interdit à tout américain d'effectuer des affaires avec ces personnalités, en plus du droit de visa qui leur a été retiré par Washington.

D'autres dirigeants congolais avaient été sanctionnés en février 2018 pour les mêmes faits par le Trésor américain.

Amédée MK

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