Le projet Inga 3 encore contesté par la Société civile et les communautés locales du Kongo Central

PAR Deskeco - 22 juil 2019, Dans Actualités

La question de la délocalisation de plus de 37.000 personnes au niveau du site énergétique d’Inga dans la province du Kongo Central a été au cœur du Forum provincial de la Société civile du Kongo-central sur le projet Inga 3, organisé le samedi 20 juillet 2019 dans la ville de Boma, à l’initiative de l’Ong ADEV (Action pour le droit, l’environnement et la vie). L’objectif fixé à cette activité qui a bénéficié de la contribution des experts en énergie, en environnement et en hydrographie, a été de susciter l’intérêt de la Société civile provinciale pour une participation citoyenne et responsable en lien avec le projet Inga 3.

Ainsi, les acteurs de la Société civile venus de différents coins de la province du Kongo-central, ensemble avec les représentants des communautés locales de l’hinterland du site d’Inga, ont discuté à cette occasion de la question des impacts sociaux et environnementaux qui surviendront lors des travaux de construction de la centrale hydroélectrique d’Inga 3, en relevant les points forts et faibles de ce méga projet dont l’essentiel de la production sera consacré à l’extérieur de la République.

A en croire un des experts conviés à ce forum, l’inquiétude reste totale quant à la matérialisation du projet Inga 3, car même le bief maritime sera négativement impacté par la rétention des eaux en amont, avec comme conséquence, la diminution en aval du débit du fleuve Congo. Pour la Société civile locale, l’idéal serait de réhabiliter les machines en panne des anciens barrages d’Inga 1 et 2, et de créer des micro-barrages.

Notre source fait savoir en outre que le projet Inga 3 est un véritable sujet d’insomnie parmi les communautés locales d’Inga, car elles craignent la délocalisation de plus de 37.000 personnes autour du site qui auront certainement à perdre tous leurs biens, jusqu’à devenir des personnes sans terre.

Ces communautés du site d’Inga gardent encore des mauvais souvenirs avec la réalisation des barrages d’Inga 1 et 2, pour lesquels certains clans riverains sont à ce jour sans terre, et abandonnés à leur triste sort. Et elles s’inquiètent du fait qu’elles ne sont même pas impliquées par le Gouvernement de la République pour ce qui concerne le projet Inga 3.

Petit rappel de la position de la Société civile face à Inga 3

Les organisations de la Société civile ont toujours persisté dans leurs inquiétudes relatives à la mise en œuvre de ce projet, car elles estiment que la signature de l’accord entre le Gouvernement congolais et les consortiums espagnol et Chinois pour le développement exclusif du projet Inga 3, laisse la part belle aux entreprises privées.

La part belle notamment de l’initiative des études de faisabilité et d’impact environnemental et social, de la recherche de financement, du choix des matériaux et équipements, des travaux de construction, d’entretien et de la gestion des ouvrages.

« Ce qui soulève beaucoup d’inquiétudes pour la Société civile, quant à la capacité de l’Etat congolais à en assurer le contrôle et le suivi, avec le risque de faire peser le poids de la dette résultant du projet aux générations présentes et futures. Mais aussi, pour l’absence de réponses aux préoccupations antérieurement soulevées par la Société civile, quant à la consultation et consentement des communautés locales d’Inga, et celles habitant sur les sites visés pour les lignes de transport de l’électricité attendue de ce projet », rappelle un communiqué de la Société civile.

Ainsi, la Société civile a de tout temps conseillé l’Etat congolais à renoncer au projet d’Inga 3, et à développer plutôt des micros projets hydroélectriques, moins coûteux et à faibles impacts, pour résorber le déficit énergétique en Rdc.

Idée globale du projet

Dans ses efforts pour combler le déficit énergétique à travers le pays (15 % seulement de la population a accès à l’énergie électrique, en dessous de la moyenne africaine qui est de 30 %), le gouvernement congolais est à pied d’œuvre pour réaliser une troisième centrale hydroélectrique au site d’Inga dans la province du Kongo-central.

C’est donc la première phase de l’aménagement du Grand Inga (complexe énergétique d’une capacité de 40.000 mégawatts ou 40 gigawatts) en une série de projets hydroélectriques qui devront y être développés à partir du barrage d’Inga 3 jusqu’à Inga 8. Et dans ce seul complexe d’Inga sont concentrés au-moins 40 % de l’énorme potentiel énergétique de la Rdc, estimé à 100.000 mégawatts (ou 100 gigawatts).

Deux grandes centrales hydrauliques existent déjà dans ce site : les barrages d’Inga 1 (d’une capacité de 351 Mw avec six turbines dont deux seulement fonctionnent) et d’Inga 2 (d’une capacité de 1424 Mw avec 8 turbines dont 5 en fonction), construits pendant la deuxième République.

Le projet Inga 3 était au départ Inga 3 basse-chute pour produire 4.800 Mw, dont 2300 Mw destinés à la satisfaction de la demande intérieure. Mais depuis peu, le projet a changé de format.

Le Gouvernement congolais et ses partenaires se sont accordés pour aller directement à la tête ou à la phase haute (de 4800 Basse-chute à 7500 haute-chute) avec une puissance installée de plus de 10.000 mégawatts. La République sud-africaine (RSA) a exprimé la volonté d’augmenter son engagement du traité d’Inga de 2500 Mw à 5000 Mw. Et il y a aussi la demande régionale supplémentaire, en négociation avec le Nigéria, l’Angola, etc.

Pour la demande intérieure, la Rdc prévoit utiliser 2500 à 3000 Mw dans le cadre de ce projet Inga 3 (pendant que pour Inga 3 basse-chute c’était 2800 Mw). Une bonne partie de cette énergie bénéficiera aux entreprises minières du Katanga.

L’investissement matériel du projet s’estime à 10,5 milliards de dollars américains (Usd). Les dépenses en immobilisation sont de l’ordre de 13,9 milliards Usd. Et le prix d’achat de l’électricité est fixé à 2,52 Usd/Kwh.

Le financement du projet se fera sous le mode partenariat public privé (PPP : BOT - Build-Operate-Transfer (construction-exploitation-transfert), c’est-à-dire que l’autorité contractante a confié à l’opérateur privé la construction, le financement, l’exploitation et l’entretien d’infrastructures et perçoit en contrepartie, sa rémunération sur les tarifs payés par les usagers afin de recouvrer ses coûts. L’actif est transféré à l’autorité contractante dès l’expiration du contrat.

Lepetit Baende

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